Châteauguay

Au début du XVIIe siècle, Samuel de Champlain explora la région et en dressa une carte, mais ce n’est que le 29 septembre 1673 que l’on pu voir apparaître les premiers signes de la colonisation puisque c’est à cette date que le comte de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, concéda la seigneurie de Châteauguay à Charles Le Moyne, déjà seigneur de Longueuil.

En 1683, ce dernier fit construire un manoir fortifié appelé ” le Chasteau “, à l’entrée de sa seigneurie, soit sur l’île Saint-Bernard. Y vivaient dès lors deux familles et six autres personnes. Selon l’historien Léon Laberge, le nom de Châteauguay relèverait d’une origine française. La commune de Châteaugay existe bel et bien dans le département de Puy-De-Dôme.

Dès 1685, les évènements s’accélérèrent, les guerres devinrent de plus en plus vives de sorte que le peuplement se fit au dehors de l’île Saint-Bernard pour s’étendre à l’intérieur des terres.

Le développement de la seigneurie fut réalisé, en grande partie, grâce à la congrégation des Soeurs de la charité, surnommées les Soeurs Grises qui en avaient fait l’acquisition en 1765. En plus d’enseigner, elles construisirent une boulangerie et encouragèrent l’agriculture des terres fertiles. Elles en demeurèrent les seigneurs jusqu’en 1854, soit jusqu’à l’abolition du régime seigneurial.

 

La paroisse commença, en 1775, la construction d’un des fleurons de la Ville, l’église de Saint-Joachim, classée aujourd’hui monument historique par le ministère de la Commission des affaires culturelles et patrimoniales du Québec. Les résidents de Châteauguay ne purent bénéficier de la présence d’un curé permanent, Jean-Baptiste Dumouchel, qu’en 1777.

Aussi, les gens de Châteauguay en sont-ils légitimement fiers. À l’une des séances du comité des fêtes du deuxième centenaire, à laquelle j’assistais récemment, comme on parlait de la décorer pour l’occasion, quelqu’un fit cette réflexion : ” Ne la décorons pas trop, notre vieille église ! Elle sera, telle qu’elle est, le plus bel ornement de nos fêtes. “. Et c’est fort juste.
L’abbé Elie-J. Auclair de la Société Royale du Canada

En 1813, Châteauguay devint un avant-poste de l’armée britannique. Le 26 octobre 1813, ce fut la Bataille-de-la-Châteauguay qui eut lieu à un endroit stratégique sur les berges de la rivière Châteauguay, à 50 km au sud-ouest de Montréal près de la frontière américaine. Le colonel Charles-Michel de Salaberry et son groupe de 300 hommes y arrêtèrent les troupes américaines venues envahir le Bas-Canada.

De 1815 à 1836, la guerre s’envenima entre les Français et les Anglais. Elle atteignit son point culminant lors des rébellions de 1837-1838. Deux patriotes de Châteauguay, Narcisse Cardinal et Joseph Duquette, marchèrent sur le village, dépouillèrent le principal marchand, John McDonald, de toutes les armes et de la poudre qu’ils trouvèrent là. Ils firent prisonniers tous les loyalistes qu’ils purent découvrir. L’un d’entre eux, du nom de Findlay, réussit à s’enfuir et à prévenir Colborne, à Lachine, où il se fit traverser de Caughnawaga. Entre-temps, les Patriotes se rendirent à ce dernier endroit afin de prendre connaissance de la disposition des Iroquois. Ceux-ci leur demandèrent, pour parlementer, de laisser leurs armes. Par cette ruse, ils s’emparèrent d’eux et les amenèrent directement à la prison de Montréal où Cardinal et Duquette n’en revinrent jamais. Ils furent pendus sur la place publique et les autres, condamnés à l’exil.

Seigneurie, puis bourgade à vocation agricole s’adonnant parallèlement au commerce du bois, Châteauguay ne connut son véritable essor qu’au début du siècle. En 1912, la partie du village appelée ” bassin ” s’incorpora sous le nom de Châteauguay-Ville et après 1960, la paroisse de St-Joachim de Châteauguay devint Ville de Châteauguay-Centre. En 1975, ces deux communautés fusionnèrent pour donner le Châteauguay actuel.

L’île Saint-Bernard conserve encore la tour maçonnée d’un des plus vieux moulins à vent en Amérique du Nord, seul vestige de 1688 encore visible aujourd’hui.

Au fil de l’histoire, le manoir connut diverses transformations. Le premier manoir (1674-1675) fut construit à la demande de Charles-LeMoyne de Longueuil. Le manoir de 1836 étant devenu trop petit, il fut agrandi par Mère Deschamps en 1881 et surmonté d’un toit français. Gardiennes de ce splendide site depuis plus de deux siècles, les Sœurs Grises ont vendu en 2011 à la Ville de Châteauguay le tertre de l’île Saint-Bernard et tous les bâtiments qui s’y trouvaient, dont le Manoir d’Youville.

 

 

Ce deuxième couvent de la congrégation de Notre-Dame, construit en 1911, a servi de lieu d’enseignement jusqu’en 1965, puis, de résidence aux religieuses, jusqu’en 1972. En 1973, cet édifice historique a été acheté par Châteauguay-Centre qui en fit son nouvel hôtel de ville. En 1995, un incendie en détruisit l’intérieur. Le 1er juillet 1997, après d’intenses rénovations, l’édifice de la Mairie fut inauguré.