Granby

L’industrie a été le moteur du développement de Granby de même que le fondement de son statut de capitale régionale. Et eu égard à l’absence de grandes institutions religieuses, scolaires ou judiciaires, et des professions qui leur sont associées, on trouve peu de villes au Québec où le caractère ouvrier est aussi affirmé qu’à Granby, et où la collaboration entre le peuple et les élites économiques s’est articulée avec autant d’efficacité. Cette union dans l’action de groupes aux intérêts divergents a été rendue possible, entre autres, par l’entremise de l’autorité politique municipale et de la fonction de maire, c’est-à-dire en maintenant au pouvoir, et pour de longues périodes, des hommes d’envergure qui sauront faire consensus sur leur façon de diriger la ville. Mentionnons, parmi les plus connus d’entre eux, le grand industriel canadien SHC Miner, « Monsieur le maire » Horace Boivin et Paul-O Trépanier, l’enfant terrible de la Révolution tranquille. À n’en pas douter, une partie de l’originalité de Granby tient à l’action décisive de ces hommes, et de combien d’autres.

Une ville ouvrière constitue un espace de vie où les formes qui sont propres à la culture populaire dominent. D’ailleurs, on identifie généralement Granby par ses institutions culturelles, toujours d’essence populaire, qu’il s’agisse du Zoo, des Petits chanteurs ou du Festival international de la chanson.

Dès ses débuts, en 1825, Granby se montre sous les traits de sa double réalité ethnique, avec son village français et catholique et ses îlots anglophones et protestants. Les deux communautés vivent par la suite en parallèle, limitant au minimum les temps de rencontre et les espaces partagés. Dans le quotidien de la vie, l’indifférence réciproque n’est rompue, et les contradictions ethniques mises au jour, que lors d’événements extraordinaires, comme les deux crises de la conscription. Finalement, ce ne sont pas les mieux pourvus en ressources économiques qui s’imposent, mais bien le peuple des usines et la bourgeoisie d’origine française, dont l’identité a été façonnée par une langue, une religion et une morale conservatrice communes, dont la cohésion s’est faite grâce au syndicalisme catholique, au mouvement coopératif, à la petite entreprise et aux œuvres communautaires.

Hier comme aujourd’hui, Granby abrite une population qui a comme trait commun de ne pouvoir compter que sur ses propres moyens pour assurer son développement. Car alors que des régions entières du Québec naissaient et prospéraient grâce à l’exploitation de quelque ressource naturelle – bois, produits de la mer, minerai -, et que des villes explosaient sous l’impulsion des investissements américains, c’est dans son capital humain que Granby devait puiser l’essence de sa réussite, trouver l’énergie nécessaire pour se hisser au rang des villes les plus importantes du Québec. Et qu’est-ce que le capital humain sinon le courage, le dynamisme, la détermination et l’ingéniosité des hommes et des femmes de Granby? Ici, l’origine ethnique, les oppositions de langue et de culture importent peu. »



Le nom de Granby est donné en l’honneur de John Manners, né en 1721, le fils du 3e duc de Rutland et petit-petit-fils du premier marquis de Granby. Ce titre avait été accordé à l’ancêtre, en 1703, par la reine Anne d’Angleterre en guise de remerciement pour l’avoir hébergée lors de la révolution de 1688. Le jeune Manners fait ses études au célèbre collège Eton, à Cambridge, et, peu après, il est élu représentant du comté de Grantham au parlement de Londres. En même temps que débute sa vie politique, il entreprend, en 1745, une carrière militaire que le rendra célèbre. Arborant le grade de colonel, il se porte volontaire pour la répression du soulèvement écossais des Highlands et participe à la campagne des Flandres. En 1755, Manners est promu major-général et, trois ans plus tard, il devient commandant de la prestigieuse cavalerie de la Garde royale. Au cours de la Guerre de Sept ans, il se distingue sur les champs de bataille européens à la tête d’une armée de 32 000 hommes; en 1763, c’est en héros qu’il entre en Angleterre et est ensuite nommé au poste de commandant en chef des armées de Sa Majesté. Usé par une longue carrière politique et des problèmes financiers, John Manners, marquis de Granby, s’éteint le 18 octobre 1770.