Saint-Eustache

De 1755 à 1762, le seigneur Dumont concéda 59 terres. Les premiers habitants venaient de Montréal et surtout de l’île Jésus qui n’avait déjà plus de bonnes terres à concéder sur son pourtour dès 1760. Les terres distribuées le furent d’abord au nord et au sud de la rivière du Chêne et dans le secteur du Chicot.

Le premier moulin à farine de la seigneurie fut construit pour le seigneur Dumont par François Maisonneuve, de Sainte-Rose, sur les rives de la rivière du Chêne. Un contrat fut passé devant notaire le 11 février 1762. Au moment de la construction du “Petit moulin” – connu aujourd’hui comme le moulin Légaré – plusieurs dizaines de terres avaient déjà été concédées. Avec la construction prochaine d’une église (1780-1783), un premier noyau de population allait
se former entre ces deux pôles constitués justement par l’église et le moulin pour bientôt devenir la Grande Rue.

Le 24 juillet 1768, M. François Petit, curé de Sainte-Rose et desservant de la Rivière-du-chêne, préside une assemblée des habitants qui prient l’évêque de Québec “de leur accorder la permission de construire une première église”. Elle fut érigée sur un terrain donné à la Fabrique de la Rivière-du-Chêne par le seigneur Louis-Eustache Lambert-Dumont, le 24 juin 1770. Ce terrain avait une superficie de sept à huit arpents environ. Il s’agit de cette pointe de terre où se trouvent toujours l’école Notre-Dame, le vieux couvent transformé en mairie, l’église et le presbytère.

Si l’on doit à l’abbé Petit l’ouverture des premiers registres de la paroisse, en novembre 1768, c’est au curé François de Bérey que l’on doit le choix, en 1770, de saint Eustache (par reconnaissance envers le seigneur Dumont) comme patron protecteur de la paroisse. C’est cependant le curé Charles-François Perrault qui a engagé la construction de la première église de Saint-Eustache. Le 19 mars 1780, la Fabrique passa un contrat avec Augustin Grégoire, un maçon demeurant à Montréal, pour la construction “d’une église de cent vingt pieds dehors en dehors, sur quarante-huit de large…” Joseph Latour, de Lavaltrie, était le maître-charpentier.
Le maître-maçon Grégoire ne fournissait “que sa peine et celle de ses ouvriers avec les outils nécessaires”. Les syndics devaient fournir à l’entrepreneur “tout ce qui est nécessaire pour tirer de la carrière la pierre de taille pour l’église” ainsi que le logement et la nourriture “pour son monde”. Le Supérieur du séminaire de Québec, M. Bédard, vint bénir la nouvelle église le 10 septembre 1783.

Avec la construction de l’église, les habitants de la seigneurie de la Rivière-du-Chêne, qui ont déjà un moulin à leur disposition et quelques commerces auprès desquels ils peuvent se procurer des biens essentiels, commencent à développer un sentiment d’appartenance. Au moment où se termine cette première grande période de l’histoire de Saint-Eustache – désignée dans les premiers recensements comme la Rivière-du-Chêne – la population atteignait, en 1784, le grand total de 1 958 habitants.